Adriana 25 ans

11 août 2008

maltraitance

La maltraitance.

INTRODUCTION

La maltraitance, un sujet qui existe depuis toujours, passé longtemps sous silence, mais qui commence à faire parler de lui depuis quelques années déjà. Pourquoi ce tabou ? Car cela fait peur, provoque très facilement des conflits supplémentaires, pour souvent ne pas aboutir à de changements flagrants.

Tout d’abord , qu’est ce que la maltraitance ?

DEFINITION

C’est un acte ou une omission commis dans un cadre donné par un de ses membres, lequel  peut porter atteinte à la vie, à l’intégrité corporelle ou psychique, à la liberté, compromettre le développement de sa personnalité et/ou de sa sécurité financière. La maltraitance est une forme de violence, que l’on peut retrouver partout dans n’importe quelle situation au cours de sa vie, quelle soit personnelle ou professionnelle, individuelle ou institutionnelle.

A  L’HOPITAL

A l’hôpital, la maltraitance existe et on peut la retrouver sous différentes formes/ordres.

La maltraitance et le soignant.

Tout d’abord, elle est induite par l’inégalité entre le soignant et la personne soignée. Le soignant est en bonne santé, a le savoir et le savoir-faire. La personne malade est au contraire, dans le besoin, affaiblie, dans une situation d’attente et de demandes et se retrouve souvent dans un sentiment de redevabilité envers le soignant même si parfois pour quelques malades, le soignant devient le « bon à tout faire », au service de l’autre, « comme à l’hôtel ».

Cette relation duelle pour alors être au mieux vécue, nécessite à chacun de passer par la parole, afin de créer une distance professionnelle, un pacte où chacun à sa place, dans le respect de l’autre et donc de son statut.

Quand nous parlons de maltraitance, nous pensons en premier lieu à celle physique.

Il m’est arrivé d’entendre relater de situations de maltraitance. Un patient dément n’arrivant pas à se mobiliser à commencer à s’énerver. Etant de plus en plus agressif, il a fini par gifler un soignant. Le soignant alors l’a rejeté violemment sur son fauteuil pour le gifler lui même après. Une réaction impulsive, de défense, mais une réaction maltraitante et non professionnelle.

Comment accepter cette violence dans le soin ? Peut on accepter cette violence ? Comment l’accepter et quoi en faire lorsque nous la recevons en pleine face ? Comment réussir à prendre suffisamment de recul pour ne pas prendre cette violence pour soi-même ? Bref, comment la recueillir et la transformer en quelque chose de positif et constructif ?

Ce qui me permet d’accepter la violence au quotidien dans mon service (la gériatrie), n’est pas l’indifférence, ni la violence elle même… c’est la prise de conscience que nous sommes à l’hôpital, nous sommes des professionnels donc responsables et responsables de personnes souffrantes. Ces personnes qui se trouvent en face de nous dans un lit sont malades, c’est à dire, avec une défaillance physique et/ou psychique. Je place alors cette violence au niveau de la défaillance psychique, me rends compte que cette violence n’a rien de personnelle, ne m’est pas destinée directement, que c’est le mode d’expression de la souffrance de la personne malade en plein dans son mal être. Il reste quand même important alors après de pouvoir en parler avec ses collègues, car nous ne sommes pas non plus des « éponges » de la souffrance de l’autre et qu’il faut savoir et pouvoir aussi à un moment l’évacuer.

D’autres exemples de violence physique connus sont liés aussi au « burn out », c’est à dire à l’épuisement professionnel. Nous avons beau aimer notre métier, parfois les émotions, le vécu, les ressentis sont tellement forts qu’un trop plein mal géré de celles ci peut créer la violence chez le soignant. C’est comme un ras le bol, même si l’on aime son métier. Et comme tout un chacun, quand il y a ras le bol, la violence est présente et peut ressortir à tout moment. Il est important alors de réussir à prendre conscience du burn out au cours de sa carrière. Pour soi, et pour le malade lui même.

Un patient dément s’agrippait à tout ce qui était proche de lui. Ces attitudes certes énervantes à la longue peuvent alors rendre le soignant impatient jusqu’à être insupportable à vivre. Il m’est arrivé de voir des soignants attraper la « main agrippante » pour la rejeter par une « tapette » criant : « ce n’est pas possible celui là, il s’accroche à tout ce qu’il trouve ! »..

Une fois, une patiente se plaignait de douleur lors des mobilisations dans le lit. Elle était confuse car arrivée déshydratée dans le service le jour même. Lors des soins de nursing, elle a crié à  mon collègue qu’il lui faisait mal. Celui-ci, se persuadant que les cris étaient liés à la déshydratation, il s’est lassé et m’a répondu qu’elle n’avait pas mal, mais qu’elle était démente. Je ne supportais pas de le savoir penser ainsi et agir au cours des soins en conséquences. La patiente s’est alors mise à l’insulter de grosse brute, à hurler dans tout le service. D’habitude  lorsque les patients hurlent ou nous insultent, j’essaie de les « contenir » ou de les raisonner si cela est possible. Dans cette situation, je n’ai rien dit et ai laissé faire le patient. Désemparée par la douleur que clamait la patiente et qu’elle nous renvoyait, désemparée par le déni du soignant., j’ai fait de mon mieux pour la calmer et rester à son écoute après le nursing. Celle ci a dénigré après mon collègue devant lui et en ma présence. Mon collègue après m’en a voulu de ne pas avoir réagi quant à la violence verbale qu’elle lui avait exprimée. Je lui ai répondu que pour une fois, un de nos patients s’exprimait, il aurait peut être été préférable d’écouter sa plainte plutôt que de la dénigrer, quitte à vérifier sa probabilité après. J’ai ajouté ensuite qu’il était vrai que parfois, il lui arrivait de ne pas avoir « la main douce » me semblait il, mais plutôt des gestes brusques. Un moment difficile car des choses difficiles à renvoyer à son collègue, mais nécessaires. Un moment difficile pour lui aussi à vivre, car lui renvoyant un manque de conscience professionnelle.

Concernant la probabilité, il s’est avéré à juste titre le lendemain lors de la réfection du pansement, que la patiente avait un escarre de huit centimètres de diamètre… certes la patiente était confuse, mais la douleur elle, était belle et bien existante.

Savoir dire alors à son collègue, « stop », « attention tu dévies » ou « tu ne peut être pas dû agir/réagir comme cela » est nécessaire. Il s’agit de moments extrêmement difficiles dans ce métier lorsque l’on en prend conscience. Il faut réagir car c’est de notre devoir, notre responsabilité. Je suis soignante et je dois protéger, même si dans l’instant il est toujours difficile de « bien réagir ».

C’est comme une scission qui se créer alors entre l’autre soignant et soi même, une scission au sein de notre équipe de travail. Cette équipe qui fait de nous une force et qui nous permet, de part ce statut qu’elle génère, d’affronter toutes les situations les plus difficiles à vivre dans le soin.  De telles situations qui  renvoient à chacun alors son individualisme, un sentiment parfois de grande solitude et de fragilité. Il fait faillir les barrières que nous nous mettons pour être professionnel, faisant rejaillir notre propre personne/personnalité  avec nos convictions et nos valeurs morales. Ce n’est plus l’infirmière qui parle, c’est moi Adriana, avec mes valeurs et mes convictions, mon éthique.

                                             

      

Etre soignant en effet requiert de l’éthique et de la morale, où, même s’il a le « pouvoir », celui ci doit toujours tenir compte de la personne dans son intégrité au cours de la prise en charge du malade.

Il est facile de passer la barrière de l’éthique dans ce métier ; avoir un sentiment jugeant, oublier l’histoire de la personne dans le soin, minimiser une douleur, ne pas tenir compte sa culture et lui apporter une alimentation non conforme à sa religion, mal installer un patient dans le lit, négliger un soin de nursing, une hydratation, préférer laisser un patient au lit plutôt que le lever au fauteuil, autant de négligences qui peuvent faire du soin, un soin négligé, un soin mal-traitant. Depuis peu, la non prise en charge de la douleur est considérée comme une faute professionnelle.

Comme on pourrait penser quand on ne connaît pas le métier, être infirmière n’est donc pas être une technicienne de santé ; c’est avant tout relever de l’observation et du relationnel, comprendre ce qui se passe en l’autre et chez l’autre,  ne pas considérer le soin comme un simple protocole à appliquer. Comprendre aussi après ce qui se passe en soi, pour ne pas se laisser submerger par les émotions.

Tout l’art sera d’observer et d’analyser au travers le soin, sans pour autant que la personne malade se sente considérée par l’autre comme … « malade ».

L’équipe.

Nous voyons donc que l’équipe a un rôle primordial dans la prise en charge du patient. Sa cohésion et son unité permettent d’établir une continuité du soin, une cohérence et donc une efficacité. Pour cela, il est indispensable que chaque membre de l’équipe adhère au même but, au même objectif, avec les mêmes valeurs professionnelles et donc la même éthique professionnelle dont nous avons parlé précédemment.

Le soin, une maltraitance en lui-même.

Le soin peut être vécu comme un acte maltraitant.

Tout soin qu’il soit physique ou psychique entraîne en effet plus ou moins une atteinte à la personne. L’exemple du soin le plus « simple » et le plus intrusif : la toilette.

De nombreux patients ont déjà refusé d’être lavés par des soignants de sexe masculin. Il s’agit pourtant avant tout de soignants. Ces refus prouvent bien qu’avant tout, il s’agit bien d’une rencontre entre l’autre et l’autre, et que l’acte que nous faisons entre dans la sphère de l’intime et n’est pas anodin.

Il est donc avant tout indispensable d’expliquer au  malade le soin que nous allons lui dispenser afin que le geste ne soit pas vécu comme une intrusion, une atteint à l’intégrité (et renvoyant l’inégalité dont nous avons parlé précédemment). La parole renvoie de plus à une distance professionnelle et permet de remettre le  cadre en place dans lequel se joue la situation.

Nous parlons alors de consentement éclairé du malade au sein de la prise en charge, retrouvé juridiquement dans la Charte des Patients Hospitalisés pour ne pas violer les Droits de la personne et afin que ceux ci puissent gérer au mieux également leur état de santé.

La contention, un soin maltraitant ?

La contention est un système d’attaches donc physique, empêchant ou limitant la capacité à se mobiliser de la personne, pour obtenir sa sécurité , car celle ci présente un comportement estimé dangereux ou mal adapté.

La contention peut être vécu par le malade voire même par la personne qui soigne comme un acte barbare du fait de la privation du mouvement qu’elle impose.

Lorsque je pose des contentions, je me suis souvent demandée ce que « je faisais vraiment à ce moment là », sentiment renforcé surtout lorsque la personne agitée nous insulte de  « tortionnaire ». Je me dis alors qu’il vaut mieux limiter le mouvement du patient plutôt qu’il se lève de lui même et chute à se casser le col du fémur. Des moments de violence extrême, physique et psychologique, où il est important après de pouvoir prendre du recul, notamment en équipe, pour comprendre et admettre pourquoi nous faisons ce geste. La contention pour être alors posée, doit être prescrite dans le dossier du patient par le médecin lui même. C’est donc le médecin par son savoir qui est le cadre et qui nous permet d’agir.

Expliquer ce geste à un malade, même en pleine crise de violence est important : cela permet de poser et justifier l’acte au moment de la crise, de prendre soi même du recul au moment paroxystique où la violence se joue, c’est à dire se dire, « oui , le patient est dans tel état et risque telle chose, c’est pourquoi je fais ce geste, non barbare, mais sensé car je suis là pour le protéger, même si c’est de lui même… »  …je ne suis pas barbare, je suis professionnelle … et responsable.

La maltraitance liée à l’institution.

Lorsqu’elle est liée à l’institution, c’est souvent l’organisation institutionnelle qui en est la véritable cause.

De nombreux hôpitaux connaissent le gouffre financier. Pour pallier aux déficits de nombreuses mesures sont alors prises au dépend de la qualité et au bénéfice de la quantité. Restriction du personnel, restrictions budgétaires sont des mots qui sifflent aux oreilles des équipes des soins hospitaliers. Avec moins de moyens et toujours plus de malades, il est de plus en plus difficiles aux soignants d’exercer leur métier dans de bonnes conditions de travail et la qualité de soins s’en ressent. Des soins plus rapides, un manque de personnel, une mauvaise organisation tout cela générant un stress permanent et qui s’affirme chez tout le monde. C’est bien le système de santé qui maintenant est « malade ».

Dans le service, il manque plus d’un temps plein sur les postes infirmiers. Avec la période des grandes vacances, je me suis retrouvée déjà seule à assumer la charge de deux infirmières. Comment pallier à cela tout en effectuant malgré tout un minimum son travail ? En arrivant plus tôt afin d’effectuer le travail requis en temps et en heure ? En accélérant le temps imparti pour chaque soin auprès des patients et en comptant beaucoup plus sur son aide soignante ? En croisant les doigts pour qu’il n’arrive rien de grave lorsque l’on commence à prendre le service ? A chacun sa méthode, mais pour tout le monde un mal-être, un stress permanent, un sentiment de mal faire son travail, un sentiment de frustration et de culpabilité. A se dire que l’on n’a pas choisi de faire ce métier pour cela, à décider d’en démissionner sans pour autant que l’institution se remette en cause.

Aujourd’hui, être infirmière, c’est avoir en moyenne 7 années de vie dans ce métier. Un métier de vie, de sentiments, d’émotions, un métier où l’humain est à chaque rencontre, mais où l’on en vient à nous demander de se déshumaniser.

La maltraitance à l’hôpital, c’est cette chaîne et cet engrenage que l’on n’arrive pas à briser, du fait des contraintes, des obligations, du manque d’argent, de moyens et de professionnels, où chacun des maillons  se trouve finalement mis à mal et se sent mal.

Pendant les vacances, par manque de personnel, nous sommes parfois toutes seules (une  seule infirmière au lieu de deux) avec nos collègues aides soignantes le matin. 23 patients à charge. En 1h30, nous devons suivre les transmissions orales de la collègue de nuit (environ 30 minutes), administrer les médicaments (per os et injectables) des 23 patients, c’est à dire les vérifier, les dépioter, leur donner et vérifier qu’ils les ont bien avalé. Certes cela semble simple : mais les patients ont très souvent 90 ans, ne se mobilisent pas dans le lit seuls, font des fausses routes, ne mangent pas seuls, avalent très lentement, sont souvent déments, incontinents … Le travail à la chaîne, vous connaissez ? Une semaine de vacances en juin, puis trois semaines à travailler de nuit, un seul jour de repos pour se « rétablir » du cycle inversé de vie, puis trois semaines de jour avec un seul jour de repos de temps en temps, jamais plus cumulés. Ce matin, j’ai craqué.

Des conditions de travail qui ne conviennent pas ; une qualité de soins qui ne convient plus, et oui, un sentiment de maltraitance au quotidien lié au stress permanent. Peu de malades nous le renvoient car beaucoup ne s’en rendent pas compte. Le sourire doit rester sur nos lèvres ; cela peut faire aussi partie du soin. Et pourtant c’est comme si parfois les malades tentaient alors eux même de soigner les soignants, en nous comprenant et en nous encourageant. Paradoxe ?

Un malaise aussi,  … se sentir maltraité, et se sentir devenir malgré tout maltraitant…

    

La maltraitance liée à l’organisation du service.

Une autre cause de la mal traitance sans pour autant être malsaine, les contraintes, obligations, règles liées à l’organisation du service. En gériatrie comme dans tout service, tout est chronométré. A 19h, les malades dînent, à partir de 20h, nous les couchons. Certains par exemple, m’ont déjà renvoyé qu’il était beaucoup trop tôt pour les coucher et qu’ils souhaitaient l’être plus tard. Comme je l’ai renvoyé précédemment, je leur renvoie que l’hôpital n’est pas un hôtel, et qu’il y a forcement des contraintes liées à une organisation à suivre, que nous ne pouvons agir autrement. Des demandes de malades tout à fait compréhensibles, mais que l’on ne peut suivre, et qui peuvent parfois être très mal vécues par certains patients malgré une explication. Une organisation qui entrave en effet à la liberté de chacun et donc des droits à la personne (contraintes horaires notamment de chacun des repas, constitution des repas, heures des visites, etc …).

                       

CONCLUSION

Un monde sans maltraitance serait idéal mais reste utopique. Continuer alors à en parler pour que le sujet soit moins tabou, que soignants et soignés qui le vivent aient moins peur des conséquences. Dans certains hôpitaux, il existe les STAFF pour mieux suivre l’évolution des pathologies des malades. Des  « STAFF » ou entretiens réguliers avec une personne externe au service seraient peut être une aide pour évaluer nos pratiques, c’est à dire analyser et comprendre nos réactions qui parfois ne devraient pas exister. Cela existe mais reste insuffisant. Manque après l’écoute des dirigeants hospitaliers et des politiques  concernant les organisations institutionnelles. Qui que nous soyons au sein du maillon de cette longue chaîne, c’est en tout cas bien la chaîne de la parole et de l’expression qu’il faut choisir.

                                                                                  

                                                                                                                                      Adriana

                                                                                                                                      Infirmière Diplômée D’Etat.

Posté par Adriana 25 ans à 21:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]


19 avril 2008

Au revoir Mr D

C'était le 17 avril; j'ai travaillé de matin. Comme à nos habitudes, la collègue de nuit nous a informée de l'état de santé des patients et notamment des problèmes rencontrés. Mr D: toujours présent. "Non, il s'accroche, je pense que peut être oui, d'ici deux trois jours...".

C'est terrible finalement de diagnostiquer plus ou moins dans nos discussions la mort prochaine de nos patients. C'est terrible, mais c'est comme ça...

A 7h40 ce matin là, avant d'aller préparer à nouveau une seringue électrique de morphine pour Mr D, je suis allée le voir. Non pas malheureusement pour savoir comment il allait, mais pour savoir si cela vallait vraiment la peine de préparer à nouveau le traitement. "Non pourtant, on m'avait dit deux trois jours". Mais parfois ces ressentiments...

Il était là, les yeux mi-fermés, la bouche ouverte, le teint blanc, très blanc. Sa main, son front, son épaule, ... tout son corps était encore chaud, et pour la première fois depuis longtemps, il semblait si paisible. Je lui ai alors serré la main et lui ai dit au revoir, à la fois boulerversée de le savoir désormais parti, mais en même sachant au fond de moi-même qu'il en était mieux ainsi. Son ventre et ses membres inférieurs avaient comme dégonflé; c'est comme si sa maladie était partie... plus aucune traces de souffrance, plus aucune traces de sa maladie, plus aucune trace de son cancer, et son corps encore chaud à nous faire peut être croire que tout serait à nouveau possible, puisque maintenant la maladie n'est plus vusible et que dans la mort, tout semble si paisible.

Une impression qu'il est encore là. Mais cette impression certaine que même si le corps n'est plus, l'âme, elle semnle encore présente, autour...

Je sors alors de la chambre et annonce à mes collègues que Mr D n'est plus. Soulagées et "amoindries", on est toutes comme celà, un silence entre nous, dans la pièce qui s'impose malgré tous les décès que nous pouvons onnaître régulièrement dans notre service. Un silence majoré par le fait qu'il est resté ici plus de deux mois et demi. Il faut alors appelé le médecin de garde pour constater le décès, puis lorsque celui là est fait, appelé la famille. Ca aussi c'est dur.

La sonnerie sonne. chaque coup me semble plus long les uns que les autres. Je tombe sur le répondeur. Je ne peux pas laisser un tel message sur le répondeur, alors je raccroche, et décide d'appeler sur le portable. La fille du patient répond. Dans un tremblement de voix, je m'annonce et présente rapidement la nouvelle. De toute facon, à 8h, quand l'hopital vous appelle, vous savezau fond de vous très bien pourquoi. Mais il faut le dire, énoncer les mots qui pourtant sont compris avant même de les avoir prononcés... peut être aussi pur officiliser, et s'entendre dire les choses... le début du processus de deuil.

La fille s'effondre et moi je tremble et finis par raccrocher. C'est dur, car ici aussi on est professionnel.

Quelques heures après, celle-ci accompagnée du reste de la famille est arrivée. Le chagrin sur leurs visages, en même temps ce soulagement qui transparaissait, et de la reconnaissance au travers leurs regards.

Mais pourtant tu as l'habitude me diras mo ami dans l'après midi. Oui peut être, j'ai l'habitude; mais non finalement, je n'ai pas l'habitude, et je ne veux pas prendre cette habitude, même si c'est dans l'ordre des choses, et qu'ici on accompagne parfois les gens en fin de vie. Etre au mieux pour ne pas souffrir, garder sa dignité et son intégrité. Ne pas rentrer dans la routine, le train train quotidien et réussir à prendre de la distance par rapports aux évènements de vie que l'on vie chaque jour. Réussir cela, pas forcément tous les jours, mais quand même de temps en temps, pour ne pas se perdre aussi en même temps, et faire de nos soins des actes banalisés, codifiés, sans ne plus les apprécier.

J'aime mon métier, et ce sentiment, je veux le garder.

Posté par Adriana 25 ans à 21:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]

15 avril 2008

Mr D

Demain matin je me lève à 5h30 pour une nouvelle journée. Je ne pense pas revoir Mr D. Mr D 78 ans est atteint d'un cancer. Le patient devenu oedematié des membres inferieurs, des lombes, de l'abdomen, de part les compressions qui gagnent de plus en plus son corps. Mr D avec des bras si maigres puisqu'il ne mange plus beaucoup. Mr D était aujourd'hui de plus en plus endormi, perfusé avec sa seringue de morphine, de moins en moins réactifs aux soins et à nos paroles. Quelques tentatives d'ouverture des yeux et de communiquer par ceux ci avec nous: clignez des yeux Mr D si vous avez mal. Mr D cligne alors très faiblement les yeux en guise de réponse. Il m'entend, il me comprend, mais il ne peut plus me répondre. Il est déjà si loin et pourtant si près de moi physiquement. J'ai beau me pencher au dessus de lui, mes yeux ne rencontrent plus les siens, alors qu'ils sont pourtant toujours ouverts, ... mais si loin...  Nous essayons tout de même de le mobiliser un peu pour des soins de confort mais le patient laisse entrevoir un faible gémissement qui nous semble être un hurlement de douleur... Selon le protocole médical, j'ai augmenté la seringue à 3cc/h.

Mr D n'a jamais parlé de sa maladie avec nous soignants; peut être l'a t-il fait avec sa famille. Courageux ou dans le dénie total, Mr D en tout cas faisait comme si de rien n'était, étant au début de son hospitalisation d'abord très réservé voire froid, puis par la suite, plus ouvert, un peu plus souriant et parlant. "Bonjour mon ptit" me disait il lorsque je rentrais dans sa chambre. Il me faisait quelques regards complices lorsque je blaguais avec mes collègues... et ... rien de plus.

Je parle déjà au passé ... alors que Mr D est peut être toujours là ce soir, à l'heure où j'écris.

Ce travail que nous effectuons tous les jours, si prenant avec tant d'investissement, que sans nous en rendre compte, nous créons des liens avec ces gens qui sont ici alités, démunis de part leur maladie ou leur âge et qui nos confient alors leur vie. Tous les jours une nouvelle rencontre, une découverte, une leçon de vie, un apprentissage de la vie, parfois avec le même patient. Tous les jours aussi nous créons alors nos  barrières, nous rendant parfois presque comme inatteignables, invinsibles, peut être même immortelles(?), en tout cas distantes, afin de pouvoir affronter au mieux et sur le vif, tous ces sentiments et émotions que nous renvoie la mort, la souffrance, la maladie... c'est à dire aussi la vie.

J'ai eu du mal à le comprendre à mon arrivée dans ce service; pour moi la fin de vie était vécue un échec de la prise en charge d'un patient. (Je venais de chirurgie et l'objectif de la prise en charge pouvait être différent). Pourtant, la mort une continuité de la vie, et en venir peut être un jour, à comprendre que, je ne sais pas, la mort comme partie intégrante de la vie...

Ce corps dans lequel nous sommes, ce corps qui part ensuite dans ce frigo, cette chambre froide que nous fermons nous même par une porte. Cette angoisse la première fois de savoir après se corps enfermé derrière cette porte. Et pourtant après ce sentiment que reste quelque chose, un sentiment pas vraiment éprouvé auparavant, mais dont on peut parfois entendre parler. Ces pensées qui nous suivent, ces souvenirs qui restent, et ce sentiment de continuité alors parfois que oui, il reste bien quelque chose après; même lors de la mort, la vie subsiste et que parfois ce ne sont que douleurs ou souffrances morales qui sont réellement parties ...

Posté par Adriana 25 ans à 23:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]