19 avril 2008

Au revoir Mr D

C'était le 17 avril; j'ai travaillé de matin. Comme à nos habitudes, la collègue de nuit nous a informée de l'état de santé des patients et notamment des problèmes rencontrés. Mr D: toujours présent. "Non, il s'accroche, je pense que peut être oui, d'ici deux trois jours...".

C'est terrible finalement de diagnostiquer plus ou moins dans nos discussions la mort prochaine de nos patients. C'est terrible, mais c'est comme ça...

A 7h40 ce matin là, avant d'aller préparer à nouveau une seringue électrique de morphine pour Mr D, je suis allée le voir. Non pas malheureusement pour savoir comment il allait, mais pour savoir si cela vallait vraiment la peine de préparer à nouveau le traitement. "Non pourtant, on m'avait dit deux trois jours". Mais parfois ces ressentiments...

Il était là, les yeux mi-fermés, la bouche ouverte, le teint blanc, très blanc. Sa main, son front, son épaule, ... tout son corps était encore chaud, et pour la première fois depuis longtemps, il semblait si paisible. Je lui ai alors serré la main et lui ai dit au revoir, à la fois boulerversée de le savoir désormais parti, mais en même sachant au fond de moi-même qu'il en était mieux ainsi. Son ventre et ses membres inférieurs avaient comme dégonflé; c'est comme si sa maladie était partie... plus aucune traces de souffrance, plus aucune traces de sa maladie, plus aucune trace de son cancer, et son corps encore chaud à nous faire peut être croire que tout serait à nouveau possible, puisque maintenant la maladie n'est plus vusible et que dans la mort, tout semble si paisible.

Une impression qu'il est encore là. Mais cette impression certaine que même si le corps n'est plus, l'âme, elle semnle encore présente, autour...

Je sors alors de la chambre et annonce à mes collègues que Mr D n'est plus. Soulagées et "amoindries", on est toutes comme celà, un silence entre nous, dans la pièce qui s'impose malgré tous les décès que nous pouvons onnaître régulièrement dans notre service. Un silence majoré par le fait qu'il est resté ici plus de deux mois et demi. Il faut alors appelé le médecin de garde pour constater le décès, puis lorsque celui là est fait, appelé la famille. Ca aussi c'est dur.

La sonnerie sonne. chaque coup me semble plus long les uns que les autres. Je tombe sur le répondeur. Je ne peux pas laisser un tel message sur le répondeur, alors je raccroche, et décide d'appeler sur le portable. La fille du patient répond. Dans un tremblement de voix, je m'annonce et présente rapidement la nouvelle. De toute facon, à 8h, quand l'hopital vous appelle, vous savezau fond de vous très bien pourquoi. Mais il faut le dire, énoncer les mots qui pourtant sont compris avant même de les avoir prononcés... peut être aussi pur officiliser, et s'entendre dire les choses... le début du processus de deuil.

La fille s'effondre et moi je tremble et finis par raccrocher. C'est dur, car ici aussi on est professionnel.

Quelques heures après, celle-ci accompagnée du reste de la famille est arrivée. Le chagrin sur leurs visages, en même temps ce soulagement qui transparaissait, et de la reconnaissance au travers leurs regards.

Mais pourtant tu as l'habitude me diras mo ami dans l'après midi. Oui peut être, j'ai l'habitude; mais non finalement, je n'ai pas l'habitude, et je ne veux pas prendre cette habitude, même si c'est dans l'ordre des choses, et qu'ici on accompagne parfois les gens en fin de vie. Etre au mieux pour ne pas souffrir, garder sa dignité et son intégrité. Ne pas rentrer dans la routine, le train train quotidien et réussir à prendre de la distance par rapports aux évènements de vie que l'on vie chaque jour. Réussir cela, pas forcément tous les jours, mais quand même de temps en temps, pour ne pas se perdre aussi en même temps, et faire de nos soins des actes banalisés, codifiés, sans ne plus les apprécier.

J'aime mon métier, et ce sentiment, je veux le garder.

Posté par Adriana 25 ans à 21:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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